Soggiorno a Zeewijk, de Marino Magliani

Soggiorno a Zeewijk est une promenade le long des rues d’un quartier d’Ijmuiden, un petit village qui se trouve sur la côte hollandaise, pas loin d’Amsterdam. Bâti sur des dunes de sable, Ijmuiden remodèle sa géographie urbaine tous les cinquante ans. C’est l’histoire d’un paysage qui ne cesse de changer, de maisons qui, depuis la pose de leur première pierre, arborent leur date de péremption, plus courte que celle des vies de leurs habitants. C’est aussi l’histoire d’une rencontre inattendue, joyeuse et mélancolique à la fois, comme d’ailleurs tout ce qui est de Zeewijk.

Soggiorno a Zeewijk est le roman d’un observateur, mais aussi une cartographie, le journal d’un voyage, de Hollande à la Ligurie, la région italienne protagoniste des belles pages de Marino Magliani, ces pages remplies d’histoires de collines et de potagers aux fonds des vallées.

[Introduction traduite de l’italien par Alexia Caizzi]

sejour à Zewijk, de Marino Magliani, La Bibliothèque italienne.jpg

Voici un extrait du roman :

Zeewijk est encore plus étincelante à Noël, avec ses couleurs, ses lumières qui tremblent, qui vibrent, qui tombent et qui remontent. Zeewijk grise et étincelante.

Durant quelques jours, j’ai revu Anneke à travers la baie vitrée.

Je me suis dit voilà, cette vitre, pour toi qui l’observes, est comme une lentille, comme une paire de lunettes des désirs, ce sont des dattes qui ne mûrissent jamais, mais cette vitre est aussi à même d’éloigner les rêves comme si on les regardait avec des jumelles à l’envers.

Pour me persuader que je suis en train de faire un bon travail, de temps en temps, je relis Tramonto et Il Buio. Oui, tu es en train de marquer le coup, j’en suis parfaitement convaincu : c’est un peu comme pour les rêves sur commande, le matériel narratif que j’utilise c’est le programme, l’écriture, la machine à écrire. La réussite est assurée. Un jour ou l’autre, le rêve se réalisera. Cela dépend de la machine, de moi. Un jour ou l’autre, elle viendra me demander de rentrer.

– Je lui plais Piet, lui ai-je dit.

Parfois, quand elle n’est pas là parce qu’elle est au travail, je m’arrête et je regarde toutes les petites choses de son jardin antérieur : un des Sept Nains en céramique à moitié décolorée, la cascade de plantes et la lanterne sans lumière, les graviers blancs, les deux pins, deux pinus pimilia du genre vert intense sibérien, plutôt nains eux aussi et plantés à la limite entre son jardin et celui du voisin.

Une fois, je l’ai surprise – en fait il faudrait plutôt dire que c’est elle qui m’a surpris devant sa maison – elle revenait du travail en vélo, avec sa doudoune à capuche et le visage tout rouge, les yeux fatigués. Elle m’a à peine souri. J’ai mis mes mains en forme de jumelles pour voir quel effet ça faisait de la regarder les jumelles à l’envers comme à travers la baie vitrée. Elle s’est mise à rire et elle s’est engouffrée dans la petite ruelle qui mène au jardin arrière et au petit débarras où elle dépose son vélo. Moi, là derrière, même s’il s’agit d’un passage public, je n’y vais pas. Je ne pense pas que ça lui ferait plaisir.

Ce que nous nous sommes écrit ces derniers jours est vraiment beau.

– Elle : l’obscurité et les animaux de ta région m’ont beaucoup plu.

– Moi : les animaux de Zeewijk aussi sont fascinants. Aujourd’hui, j’ai entendu merles et grives.

Elle, quelques heures plus tard :

– Là où je travaille, il y a un toit en verre et on entend la pluie et les mouettes, les mouettes, les mouettes.

– Moi : sur ma terrasse j’ai déposé une boule de nourriture graisse hivernale. Des mésanges charbonnières et des corbeaux au regard bleu glacial viennent manger.

– Elle : ah ah le regard bleu glacial.

– Moi : j’ai vu ton petit sapin de Noël.

– Elle : tu l’as fait, toi aussi ?

– Moi : non, mais mon ami Piet l’a fait.

Dernier message, suivi d’une révérence :

– Avec le froid qu’il fait dans le bois, les renards viennent par ici à la recherche de nourriture.

Je suis repassé 10 minutes après, elle était au téléphone, elle riait, elle ne m’a pas vu. Je l’ai donc laissée tranquille.

Je suis repassé une demi-heure plus tard, elle lisait, assise dans le divan, les pieds dans une petite bassine d’eau chaude comme le font les poissonniers lorsqu’ils reviennent du travail. Elle s’est rendu compte que j’étais sur le côté opposé de la Grande Ourse, mais elle ne s’est pas levée. Je me suis dit qu’elle était fatiguée alors j’ai à peine levé la main et je me suis éloigné. Elle est fatiguée.

Traduction de Claudio Panella e Silvia Nugara

 

marino-magliani-la-bibliothecc80que-italienneMarino Magliani est né dans la Val Prino en 1960. Romancier et traducteur de l’espagnol et du néerlandais, il habite sur la côte de la Mer du Nord, aux Pays-Bas. Il est l’auteur de Quattro giorni per non morire (Sironi Editore), et de deux romans Quella notte a Dolcedo et La tana degli Alberibelli, publiés chez Longanesi.

Bibliographie partielle :

MAGLIANI, Marino, Soggiorno a Zeewijk, Amos Edizioni, 2014, 180 p.

 

CONTENU PROMOTIONNEL

2 Comments on Soggiorno a Zeewijk, de Marino Magliani

  1. Carlo Maria Vadim // 14 avril 2019 à 8:46 // Réponse

    Ottimo libro da scoprire (o da riscoprire). Non è chiaro se di questo bellissimo romanzo ne sia stata fatta la pubblicazione anche in Francia. Comunque grazie ad Alexia Caizzi!

    Aimé par 2 personnes

  2. Caro lettore, è vero, questo ottimo romanzo è tutto da scoprire! E la sua pubblicazione in francese ancora non esiste, questo è un contenuto promozionale del nostro sito (lo si legge in basso, alla fine dell’articolo). Quando proponiamo queste traduzioni è appunto nell’ottica di far conoscere edizioni che ancora non hanno visto la luce in francese. Auguriamo a questo romanzo un lungo cammino in terre straniere francofone dunque…!

    Aimé par 1 personne

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