Hommage à Mauro Macario, le poète du désenchantement

Par Lucrezia Lombardo

Traduction de Désirée Perini

Mauro Macario

J’ai rencontré Mauro Macario il y un an. Notre rencontre n’a pas été une rencontre « ordinaire », mais une rencontre d’antan, basée sur un incroyable échange épistolaire.

Macario est un intellectuel, au sens existentialiste du terme : son écriture raconte sans censure l’absurdité de l’existence, donnant forme à un style poétique qui s’enracine dans la vraie vie, en créant des images tourbillonnantes. Dans les vers anticonformistes de l’auteur, l’existence est explorée en profondeur et décrite sans lyrisme, dans toute sa cruauté et sa dureté, dont on a souvent du mal à se relever. La voix anarchiste de cet auteur rappelle ainsi celle de Rimbaud et des représentants de la Beat Generation qui, par leurs vies vagabondes et tourmentées, nous ont livré les portraits les plus authentiques de l’homme contemporain.

Le style de Macario est en évolution constante, et ses vers, dans un crescendo, démontent chaque certitude à laquelle notre temps s’accroche, jusqu’à désavouer l’idée d’une poésie comme « chant angélique désincarné » qui survole la vie, au lieu de la pénétrer. Fidèle à la terre, Macario choisit de donner à l’écriture une dimension corporelle, qui représente des femmes, des hommes et des expériences vécues jusqu’à la solitude, jusqu’à la tragédie. C’est donc la « poétique de la cruauté » qui caractérise l’œuvre de Macario : une poétique qui déconstruit les mythes et les valeurs fanatiques de notre époque dont l’imagination est réprimée par un système qui ne veut pas de liberté de pensée. Et c’est précisément dans l’anthologie – qui constitue l’opera omnia de Macario – Le Trame del disincanto, que le poète se met à nu, à travers les vers qui retracent les années de toute sa production. Cependant, malgré cette analogie avec les poètes maudits et les auteurs de la Beat Generation, l’auteur dépasse cette façon d’écrire, créant des images encore plus radicales et stridentes, qui laissent le lecteur avec des questions non résolues. 

Dans l’un des plus beaux textes de Macario, Schumann ne savait pas nager, prend forme, d’une façon exemplaire, la « philosophie existentialiste » du poète qui révèle le sort amer que la société réserve aux vrais intellectuels, aux brillants esprits qui, pourtant, survivent à l’oubli infligé par la « pensée dominante » grâce à des choses inachevées, c’est-à-dire celles dont le poète se nourrit, en réussissant à subvertir l’ordre du réel.

Tu ne sauras jamais

ce que signifie de traverser les gares

et de ne descendre à aucune

restant sur place avec un ticket périmé

sur les intempéries qui sévissent au-delà du corps caduc

Schumann le sait

sauvé par des bateliers et interné

dans l’asile d’Endenich

en mourant en symphonie avec les choses inachevées…

 

Bibliographie en italien :
MACARIO, Mauro, La Screanza, Liberodiscrivere edizioni, 2012, 108 pages
Macario, Mauro, Silenzio a occidente, Liberodiscrivere edizioni, 2007, 122 pages
MACARIO, Mauro, Il Destino di essere altrove, Campanotto editore, 2003, 144 pages

Bibliographie en français :
MACARIO, Mauro, La Débâcle des bonnes intentions, traduit de l’italien par Marc Porcu, La rumeur libre éditions, 2016, 416 pages

 

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