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Brigantessa, de Giuseppe Catozzella

Par Fabiola Viani

« Et la liberté, là où elle n’existe pas encore, adopte la forme de ce qu’il y a, avant d’apparaître comme un scandale. »

Giuseppe Catozzella, né en 1976 à Bresso, originaire de l’hinterland milanais, par ses parents calabrais émigrés au Nord, est un écrivain de romans inspirés par les grands thèmes de notre époque : l’émigration, le racisme, la guerre, la mafia, le clivage Nord-Sud. Après  Ne me dis pas que tu as peur (éditions du Seuil, 2014), récompensé par le prix Strega jeunesse, l’auteur fait son grand retour avec Brigantessa (éditions Buchet-Chastel, mai 2022).

Brigantessa évoque un nom de guerre, qui convient pleinement à Ciccilla, surnom de Maria Oliverio, jeune et redoutable brigande des montagnes calabraises qui fut également la première femme condamnée à mort en Italie. Elle était déjà célèbre de son vivant, puisque Alexandre Dumas s’en inspira pour écrire un feuilleton en sept épisodes, publié dans L’Indipendente, journal dont il était le rédacteur en chef, et qui devint plus tard son Robin des bois, le prince des voleurs.

C’est dans le contexte troublé de l’unification italienne, la période appelée « Risorgimento » que débute le livre : au milieu du XIXe siècle, l’Italie n’existe pas encore… S’appuyant sur de nombreux documents d’archives, mais aussi sur des récits que lui racontait sa grand-mère, sur les exploits et les aventures d’un de ses ancêtres, Giuseppe Catozzella raconte la vie de Maria Oliverio, jeune fille issue d’une famille paysanne très pauvre qui va s’enflammer pour des idéaux de justice et de liberté, lutter pour changer son destin et œuvrer à l’unité italienne.

Le lendemain de l’unification italienne : le 17 mars 1861 une guerre civile éclate et sépare le Nord et le Sud de l’Italie qui venaient tout juste d’être cousus ensemble, une guerre civile qui a été combattue pendant au moins six ans du Sud jusqu’à l’Émilie Romagne et qui est encore occultée dans les livres d’histoire[1].  

En effet, une fois les Bourbons écartés et l’Italie remise entre les mains de Victor Emmanuel en 1860, les promesses de Garibaldi ne se réalisent pas et « C’étaient donc toujours les mêmes familles qui commandaient […]. Rien n’avait changé, et la meilleure façon de désamorcer une révolution consistait à la faire ». Implacable illustration de la célèbre sentence de Tancredi dans Le Guépard  de Giuseppe Tomasi di Lampedusa : « Il faut que tout change, pour que rien ne change. »

Dans ce mélange subtil de drame familial et de fresque historique, l’auteur donne voix à Maria puis à Ciccilla, en adoptant l’intimité d’une narration à la première personne qui retrace tout le chemin de son héroïne : son enfance, son mariage à Pietro Monaco, sa vie de cheffe de brigands. La sensibilité aux lieux et aux paysages sauvages de Calabre s’inscrit dans le sillage poétique de Mario Rigoni Stern, alors que le dialecte parlé en Calabre est présent seulement dans les dialogues. L’émergence d’une langue italienne commune se produira beaucoup plus tard, mais par anticipation l’italien du roman reste le point positif de cette unification de l’Italie.

Italiana/Italienne, le titre original de ce roman historique, est une provocation de l’auteur. « Italiani/Italiens« , c’est en effet ainsi que les bersagliers (soldats d’infanterie de l’armée italienne) nommaient les brigands qu’ils pourchassaient lors de la guerre civile.

Une lecture importante pour éclairer les zones d’ombre de l’histoire et s’interroger sur la complexité de l’âme italienne, de l’italianité et de tout ce que signifie aujourd’hui le terme « identité ».

Bibliographie italienne :
CATOZZELLA Giuseppe, Italiana, Mondadori, 2021, 324 pagine

Bibliographie française :
CATOZZELLA Giuseppe, Brigantessa, traduction de Nathalie Bauer, Éditions Buchet-Chastel, 2022, 384 pages


[1]

L’Italie à Paris, Entretien avec Giuseppe Catozzella auteur de Brigantessa, mai 2022, YouTube

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