Au nom de la mère. Erri De Luca

Par Laura Paoletti

Au nom de la mère, c’est un court récit qui parle de religion, mais qui n’est pas religieux, dans lequel Erri de Luca affronte, une fois de plus, les écritures sacrées. C’est une nouvelle d’à peine 70 pages dans laquelle on entre, avec curiosité et légitimité, dans la vie de Maria/Miriam, la mère de Jésus, et celle de son compagnon, puis mari, Iosef.

Au nom de la mère - La Bibliothèque italienne

De Luca tricote et entremêle l’image pure que la Bible nous a donnée de ces deux fiancés juifs, avec une autre plus réaliste, dans laquelle ce couple est susceptible d’être évalué selon la morale et les coutumes de l’époque, comme n’importe qui. Car s’il n’était pas question de l’annonciation et de la conception sans acte physique, on croirait lire la « simple » histoire d’une jeune femme, aimée par son homme, qui tombe enceinte trop tôt aux yeux de la société. Une société qui les condamne au premier instant pour avoir conçu hors du cadre du mariage. L’histoire d’une femme donc qui, sans peur, affronte la morale de son village, la Loi des Vieux, en se laissant cracher dessus par les autres femmes, mais en portant, toujours avec dignité, son signe de fertilité, de féminité, d’accomplissement maternel.

Parce qu’Au nom de la mère est surtout un écrit sur la femme, sur sa capacité à accueillir dans son ventre un autre être, à l’aimer avant même de le rencontrer, à rêver de lui et à l’imaginer, à le défendre et à défendre son droit à la vie. Une femme qui, seule dans une grotte, arrive à accoucher sans aide, car son corps savait déjà quoi faire. Et ensuite c’est la capacité d’un homme qui accepte et soutient, sans douter, le chemin de transformation que sa compagne parcourt.

De Luca nous raconte ce lien, profond et puissant, entre une femme et son devenir de mère, puis entre une mère et son enfant. Il nous donne la possibilité d’oublier pour un instant que cette histoire traine en elle le poids d’un héritage social et moral gigantesque, pour nous permettre de voir au-delà de tout ça, l’image humaine avant l’image divine ; de s’émouvoir sans préjugés, pour la première fois, devant cette douce et délicate trinité faite d’un homme, d’une femme et de leur fils.

Juste à la fin on retrouve le message du Nouveau Testament, quand Maria/Miriam parle avec son fils qui vient de voir le jour, dans ce dernier instant de liaison totale, avant que la séparation soit actée, se révèle le destin du Christ, celui d’un martyre.

Mais au fond, il ne faut pas trop essayer d’interpréter ce livre ; Au nom de la mère est peut-être, en premier lieu, une longue prière poétique sur l’amour maternel.

Édition italienne : DE LUCA, Erri, In Nome della Madre, Feltrinelli, 2006.

Édition française : DE LUCA, Erri, Au nom de la mère, Gallimard, 2006. Traduction de Danièle Valin.

Enregistrer

Enregistrer

Laisser un commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion / Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion / Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion / Changer )

Photo Google+

Vous commentez à l'aide de votre compte Google+. Déconnexion / Changer )

Connexion à %s

%d blogueurs aiment cette page :