Il posto più strano dove mi sono innamorata, de Mari Accardi

Une drôle de famille, des boulots improbables, des copains trop timides qui lui offrent des fleurs sans jamais déclarer leur amour. Irma, la protagoniste, cherche l’amour qui n’arrive jamais, comme le travail, qui reste un rêve. Pour trouver sa route, Irma laisse Palermo, sa ville d’origine, pour partir à Turin, ensuite Prague, et Rome. Mais toujours il semble que quelque chose empêche sa réussite.

Il posto più strano dove mi sono innamorata, Mari Accardi - La Bibliothèque italienne

Voici un extrait du roman:

Ma mère m’appelle pour me demander quelle heure il est, comme s’il y avait un décalage horaire entre Palerme et Rome. Elle dit que demander l’heure est une façon de ne pas se sentir seule, comme fumer une cigarette.
Je tire une taffe sur ma cigarette MS, presque sans aspirer, tandis qu’elle m’explique que la manie de l’heure lui est venue dès ses neuf ans : les autres enfants jouaient au foot et elle faisait des piqûres à ma grand-mère. Elle les regardait depuis la fenêtre qui se trouvait au premier étage et, au milieu d’une action décisive, au moment où quelqu’un était sur le point de marquer un but, elle se montrait à la fenêtre et demandait quelle heure il était. Plus tard elle le demandait à nouveau, et puis encore, jusqu’à ce que les enfants en aient marre et lui lancent une horloge qu’elle n’arrivait jamais à rattraper. Elle n’aimait même pas le foot. Depuis lors, chaque fois qu’elle est triste, elle demande l’heure.

« T’es triste, maman ?

– Moi, non…

– Moi non plus. »

Ma grand-mère était toujours malade et même si ma mère pense qu’elle avait le stinnicchio, c’est-à-dire qu’elle aimait se plaindre, le fait est qu’elle passa son temps – de six à dix-huit ans – à lui faire des piqûres. Puis, elle s’est mariée et elle n’a jamais pu être une enfant.

« T’es où ?, me demande ma mère.

– Je me promène.

– Tu vas où ?

– Je sais pas, je me promène dans le parc. »

Elle veut savoir si j’ai déjà changé de religion. Chaque jour, elle cherche à en savoir plus. À Noël, elle a vu le livre de prières en langue étrangère et elle a commencé à poser des questions. « Tu n’es plus athée ? », elle m’avait demandé. Plusieurs années auparavant, j’avais refusé de recevoir la confirmation. Aussi longtemps que j’avais la petite statue de sainte Rosalie dans ma chambre et que je me rendais à l’église, mon athéisme était supportable. Je lui ai juré que, quel que soit le credo que je choisissais, je n’oublierais jamais la Santa, mais cela ne la réconfortait point : les saints sont appelés patrons parce qu’ils protègent les habitants de la ville, et moi, je n’étais plus une habitante.

« Viens te promener à Palerme… Viens ici », dit-elle.

– Si rien ne va, je reviendrai.

– Mais si tu n’as rien.

– Garde la foi. »

Depuis Noël, elle m’appelle chaque jour et elle a même demandé à mon frère Martino de m’appeler. Lui aussi il a participé aux rencontres bouddhistes, comme je le fais maintenant ; il disait que c’était une phase de transition, comme quand, à dix-huit ans, je me teignais les cheveux. Je lui ai demandé combien de temps une phase de transition pouvait durer, comme il y avait des gens qui pratiquaient depuis toujours. À ce moment-là, il n’a pas su répondre et il m’a demandé s’il me fallait de l’argent.

Finaliste au Premio Settembrini 2014.

ACCARDI, Mari, Il posto più strano dove mi sono innamorata, Terre di Mezzo, 2013.

 

Traduction de Marta Somazzi

foto mari accardi

Mari Accardi

Mari Accardi (Palermo, 1977) a publié des récits dans les revues littéraires Watt, L’Accalappiacani, Granta, Effe. Il posto più strano dove mi sono innamorata est son premier roman.

 

 

 

 

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