La Compagnia delle Anime Finte, de Wanda Marasco

Par Laura Paoletti

La compagnia delle anime finte, Wanda arasco - La Bibliothèque italienne

Savoir s’immerger dans la description psychologique d’un personnage, en abdiquant devant la nécessité moderne d’analyser à tout prix, n’est pas chose simple, je crois.

Et pourtant Wanda Marasco le fait d’une excellente façon ; elle maîtrise sans faute cet art d’habiller le profil d’un personnage d’une veste poétique.

En le racontant avec peu de mots, quelques lignes, deux ou trois phrases : tout est là. Armée des métaphores, synesthésies ou toute autre forme de figure rhétorique, Wanda Marasco arrive à peindre des portraits vifs, précis et pleins de suggestions.

C’est sans doute la chose la plus marquante de la plume de cette Napolitaine qui vient du théâtre.

Grâce à cette capacité d’écriture, Wanda Marasco est arrivée en 2017 parmi les cinq premiers finalistes du Prix Strega.

Et pour la deuxième fois dans sa carrière d’écrivaine, la première en 2012 avec Il genio dell’abbandono, elle fut également finaliste du Prix Neri Pozza.

Par ailleurs, elle a gagné le prix Montale pour la poésie en 1997 avec le recueil Voc e Poè (Campanotto Edizioni) et le prix Bagutta pour ses premières œuvres en 2003, avec L’arciere d’infanzia (Manni editore), son premier roman.

La compagnia delle anime finte (La compagnie des âmes imaginaires, traduction de la rédactrice), son quatrième roman, reçoit la même reconnaissance du public que les autres livres de l’autrice.

Il est imprégné d’une écriture pleine, colorée, évidemment poétique, avec des enchaînements de mots puissants et rares.

Il y a aussi des insertions de dialecte napolitain, mais bien posées, mesurées ; Wanda Marasco arrive à donner une touche douce à cette langue vive et populaire, la rend magique, comme un sortilège venu de l’enfance.

Magique, l’est aussi le lieu où le récit se passe : une ville de Naples presque surréelle, entourée par une vie dont l’allure se confond avec la mort, sans cesse.

L’histoire est celle d’une femme, ou même peut-être de deux, de plusieurs à y regarder de plus près.

Car à travers la vie et la figure de la mère de la protagoniste, Vincenzì, qui est le centre autour duquel tout tourne, le lecteur se met dans la peau de plein d’autres femmes : la mère de Vincenzì, sa belle-mère, ses sœurs, et enfin la protagoniste elle-même : Rosa, sa fille, fidèle au destin de la mère.

Car le nœud du roman est dans cette répétition circulaire des actes, la tradition qui de mère en fille dessine le chemin de plusieurs existences : les rencontres, l’amour, les choix, jusqu’à la fin.

Portrait précis et élaboré, également, d’un vico (passage, ruelle…) de Naples, des années d’après-guerre, avec toutes leurs déceptions et les changements : la misère règne sur tout.

Mais les personnages qui animent ces rues et les escaliers de ces bâtiments, tels que Wanda Marasco nous les délivre, font de ce tableau un univers presque éternel, hors du temps : il maestro pazzo (le maître fou), Annarella, le orche (les ogresses), Mariomaria (le garçon-fille).

Malgré l’absence d’espoir dans l’enchaînement du récit, et l’insistance sur la dimension de l’au-delà – c’est justement aux âmes « imaginaires » que la voix parle –, ce livre se lit d’une traite ; étant structuré de façon solide et simple, les mots sont clairs et les atmosphères suscitées s’impriment avec force chez le lecteur.

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