Pinocchio botté, de Luigi Malerba

Par Cinzia Dezi

Pinocchio botté_Malerba_couverture frLuigi Malerba est le pseudonyme de Luigi Bonardi (1927-2008), un écrivain italien né à Berceto, un village proche de Parme, en Émilie-Romagne. Pour vous donner quelques repères, c’est une région du nord-est de l’Italie, en dessous de la Vénétie.

Malerba fut l’un des pères fondateurs de ce qu’on a appelé « l’école Émilienne », c’est-à-dire ce courant littéraire qui s’exprime avec les voix d’écrivains comme Gianni Celati, Daniele Benati, Ermanno Cavazzoni, Ugo Cornia et Paolo Nori, tous nés dans cette région, (sauf Gianni Celati qui est né en Lombardie, mais a passé son enfance dans la province de Ferrare ; les autres viennent respectivement des villes de Reggio d’Émilie [Benati et Cavazzoni], Modène et Parme pour les deux derniers). Je m’excuse d’insister sur la géographie, mais si je parle de l’école Émilienne, c’est nécessaire, car la voix qu’on entend dans les œuvres de ces romanciers est profondément influencée par le son de la langue qu’on parle dans cette région.

Il n’est pas inutile d’ouvrir par ailleurs une petite parenthèse historique pour rappeler que l’Italie est une nation unifiée depuis 1861 seulement; c’est pourquoi, à l’aube de l’unification, l’un des acteurs du Risorgimento italien, Massimo d’Azeglio, a bien exprimé la nécessité de créer une identité nationale, qui n’existait pas, avec la phrase suivante : « Nous avons fait l’Italie. Maintenant nous devons faire les Italiens. » Car jusqu’en 1974 la plupart des Italiens (51,3 %) parlaient les différents dialectes de leurs régions plutôt que l’italien, comme le soulignait Tullio De Mauro, un important linguiste récemment disparu. Ce fut avec la diffusion de la télévision, dans les années du « miracle économique » (1958-1963), que les Italiens ont commencé à apprendre une langue commune.

Pinocchio con gli stivali_cop itaTout cela pour dire que, même si aujourd’hui seulement le 5,4 % des gens parlent des dialectes, l’influence de la langue originelle de chaque région est un patrimoine local constituant une sorte de base rythmique propre à chaque communauté. Elle est très considérée par l’école Émilienne, peut-être plus pour des raisons musicales qu’historiques, car ce que ces écrivains préservent, c’est vraiment une musique de la langue locale, qui rend la page vibrante et immédiatement reconnaissable comme quelque chose qui dérive de cet endroit et pas d’un autre.

Après ce petit cadrage géo-historique, revenons à Luigi Malerba : il est connu et traduit en France ; il a reçu de nombreux prix, dont le Médicis étranger en 1970 pour son roman Saut de la mort (Salto mortale). Ici je choisis de me concentrer sur Pinocchio botté (Pinocchio con gli stivali) l’un de ses livres « amphibiens », c’est-à-dire écrit pour être lu à la fois par les enfants et les adultes. La première chose que l’on peut dire est la suivante : il ne s’agit pas du Pinocchio de Carlo Collodi qui est pourtant le pantin le plus célèbre du monde. Le personnage de Collodi, tout en étant l’un de plus aimés par les enfants depuis des générations, a un petit défaut : il se transforme en garçon « responsable ». Malerba refuse cela. C’est pourquoi son histoire commence au chapitre qui précède ce changement : dans son récit, Pinocchio reste le pantin rebelle et irrévérencieux du début. Il refuse les conventions, les règles, la tradition. Et celle de la fable classique aussi. Il essaye de s’« expatrier » dans d’autres fables, où il découvre combien les personnages sont figés et hésitent à sortir des sentiers battus. C’est une très belle métaphore de notre société, à laquelle l’esprit anarchique du Pinocchio de Malerba ne veut pas se soumettre.

Éditions italiennes :

  • MALERBA, Luigi, Pinocchio con gli stivali, Cooperativa Scrittori, 1977.
  • MALERBA, Luigi, Pinocchio con gli stivali, illustré par Desideria Guicciardini, Milano, Arnoldo Mondadori Editore, 1988, p. 62.
  • MALERBA, Luigi, Pinocchio con gli stivali, Monte Università Parma, 2004.

Édition française :

  • MALERBA, Luigi, Pinocchio botté, illustré par Rotraut Susanne Berner, traduit par
    Roger Salomon, éditions du Seuil, 1993, p. 45.

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