Ce qu’il reste, de Elena Varvello

Par Ombretta Brondino

Ce qu'il reste, Varvello - La Bibliothèque italienneChez moi, j’ai quelque chose qui provient de la main d’Elena Varvello – l’auteure de Ce qu’il reste (La Vita felice) – que je conserve comme une relique : un petit post-it jaune que je lui ai volé à l’occasion d’une présentation de son roman pendant laquelle Elena Varvello avait expliqué la genèse du livre.

Sa réponse à la question « quelle est la signification profonde de l’écriture ? » est cette précieuse devise, qui a pris place depuis cette soirée sur ma table d’écriture : Trovare qualcosa nell’acqua gelida : il senso / Trouver quelque chose dans l’eau froide : le sens. Je vous avoue que le souvenir de cette soirée est imprimé dans ma mémoire ainsi que ces mots qui me guident lorsque je m’assieds à ma table avec l’intention d’écrire.

Ce qu’il reste (Éditions du Masque), est le titre français de son dernier roman qui est entièrement consacré à la recherche du sens dans la vie d’Elia Furenti, le jeune protagoniste adolescent solitaire de cette histoire noire d’atmosphère et, en même temps, d’initiation. Ce qui frappe dans le début du récit est l’aveu presque immédiat d’un crime brutal par Elia, concernant son père.

En août 1978, l’été où j’ai rencontré Anna Trabuio, mon père a entraîné une fille dans les bois.

La narration, qui passe à travers la voix d’Elia, trente ans après les faits, est l’histoire d’un fils et d’un père : elle se déroule dans le petit village de Ponte, au nord de l’Italie, alors que la crise économique a contribué à la création d’une atmosphère désolée et sombre qui sert de toile de fond à toute l’histoire. Pendant cet été étouffant, Ponte devient le théâtre de la mort violente d’un enfant, mais surtout de la disparition d’une jeune femme qui, après avoir fait du stop, monte dans un van qui disparaît dans les bois.

Elena Varvello, en nous faisant entendre dès les premières pages le nom du coupable, déplace l’attention du lecteur sur la naissance d’une folie que l’on entend grandir page après page chez Ettore, le père d’Elia, qui après la perte de son travail se persuade qu’il a été la victime d’un complot. À partir de ce moment, ses silences et ses explosions de colère deviennent toujours plus nombreuses, de même que son attitude ambiguë et ses absences nocturnes se transforment en indices de quelque chose qui confirme une instabilité profonde et irrémédiable destinée à sortir, tôt ou tard, des murs de sa maison. La seule qui ferme les yeux face à cette dérangeante vérité est la mère d’Elia qui, parce qu’elle l’aime, continue à espérer, au-delà des mots qu’elle entend et des faits étranges qui se déroulent chez elle.

La vita felice, Elena Varvello, La Bibliothèque italienneDans ce roman, magistralement écrit, on a l’impression d’écouter, comme la couverture le dit, un petit mécanisme de montre dont le son augmente peu à peu jusqu’à se transformer en une explosion incontrôlable. Les liens familiaux construits sur les non-dits et les secrets sont destinés à une déflagration terrifiante, que le dévoilement de la vérité nue provoquera ; à un certain point, on passe de l’intuition du mal et de l’obsession à la perception concrète et catastrophique de ces instances, sans possibilité de rédemption aucune.

Elena Varvello nous montre cette dévastation dans la scène de l’après-vérité chez une femme, la mère d’Elia, mais surtout chez son fils.

Elena Varvello, d’ailleurs, avoue dans une touchante lettre aux lecteurs, à la fin du roman, que son propre père a été lui aussi victime d’un trouble bipolaire.

Pour revenir à cette soirée du post-it jaune, je me rappelle bien les mots de cette femme empathique et consciente : « Vous vous questionneriez sur le titre : pourquoi La vita felice pour un conte plein de douleurs ? » Elle nous a interrogés et la réponse, dans laquelle elle citait la maladie psychiatrique de son père, a été à peu près celle qui suit :

« Je me suis toujours demandé si les fils, malgré les fautes de leurs pères et les douleurs immenses que ces dernières peuvent provoquer chez eux, pourront avoir, un jour, une vie heureuse et ma réponse est dans ces pages. Pour y arriver, j’ai dû transformer ma souffrance de fille et j’y suis parvenue en écrivant cette histoire qui allait et venait dans ma tête, comme une roue de vélo tournant sans cesse et qui, après cinq ans de travail, a pris la forme de ce livre ».

 

VARVELLO Elena, La vita felice, Giulio Einaudi editore Spa, 2016, 200 p.

VARVELLO Elena, Ce qu’il reste, Édition du Masque, 2017, 272 p.

 

4 Comments on Ce qu’il reste, de Elena Varvello

  1. Carlo Maria Vadim // 13 mars 2018 à 18:14 // Réponse

    Beh, il titolo dell’edizione francese mi sembra più giusto. Mi chiedo perché in Italia l’editore abbia imposto (perché metterei la mano sul fuoco sul fatto che l’autrice non sia stata d’accordo), un titolo così fuori luogo. Sì certo, Elia dopo tanti anni da quella notte potrebbe anche sentirsi felice, non lo escludo ma insomma, pensare che tutta la sua vita sia felice non è realistico. Anche perché non c’è nulla di più imponderabile del sentirsi felici.

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    • Caro lettore, non sappiamo come sia andata esattamente la scelta del titolo per l’edizione italiana, certo il titolo francese è più evocativo, quello italiano cerca un po’ più il contrasto, forse? 🙂 È sempre affascinante comunque il confronto di senso che scaturisce dalle diverse versioni linguistiche! Grazie del tuo commento!

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  2. J’ai lu «  Ce qu’il reste » et j’ai adoré cette lecture, très authentique et très touchante !

    Aimé par 1 personne

  3. Nous sommes tout à fait d’accord avec vous !

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