La nuit derrière moi, de Giampaolo Simi

Par Ombretta Brondino

La nuit derrière moi, Giampaolo Simi, La Bibliothèque italienne.jpg

Il y a des romans comme La Nuit derrière moi (La notte alle mie spalle) de Giampaolo Simi qui parlent à une partie de l’âme humaine avec laquelle on a du mal à communiquer : c’est le côté de l’ombre, cette face gênante que chacun préfère maintenir sous silence, probablement par peur.

Eh bien, je vous le dis : la lecture de ce roman est surprenante par la banalité à travers laquelle l’horreur prend forme, dans l’histoire de la vie de Furio Guerri, en apparence normale. Ce dernier est un représentant efficace dans une entreprise de graphisme industriel. Mais comme on le découvre avant le début du premier chapitre, il n’est pas le seul protagoniste dans cette histoire :

 

On dit que beaucoup d’hommes ont une deuxième vie.

Je suis l’un d’eux.

Il est certain que très peu d’entre eux

peuvent la raconter.

Je suis l’un d’eux.

Mon nom est Furio Guerri.

C’est ainsi que l’on comprend rapidement que celui qui agit dans l’éclat de la lumière du jour possède une part obscure qui, elle, mène son jeu monstrueux dans les abris cachés d’une âme malade. On est donc conscients d’une duplicité et d’une ambiguïté qui ne s’atténueront que dans la dernière partie du roman. Dès les premières pages, on partage les journées fatigantes et presque aliénantes du VRP d’Aggradi Industrie, qui en compagnie de sa fidèle Spider Alfa Romeo Duetto et de ses « chaussures impeccables » fait de son mieux pour assurer à sa femme Elisa, issue d’une famille aisée, et à sa fille Caterina, une vie probablement au-dessus de leurs moyens. Mais, en même temps on partage les moments de vie de l’autre Furio, le monstre qui, assit sur un banc, derrière ses « lunettes fumées » et sous la visière baissée de sa casquette, regarde les adolescentes, une en particulier, pendant l’heure d’éducation physique.

Que fait-il là ? Qui est cette fille qu’il observe d’une manière presque obsessionnelle ?

Deux Furio en un.

La notte alle mie spalle, Giampaolo Simi, La Bibliothèque italienneOn assiste, page après page, à la découverte du paysage d’une Toscane vue à travers les vitres d’une automobile, dont le conducteur voyage sans cesse à la recherche de nouveaux acquéreurs et qui, en même temps, conduit le monstre vers son but final. Nous, lecteurs, ne comprenons pas bien la temporalité de cette narration faite d’une succession d’événements, jusqu’à ce qu’on arrive à un point où tout devient clair. C’est à ce moment-là que ce qu’on pensait avoir cerné disparaît pour être remplacé par quelque chose de nouveau, et nous en sommes étonnés, assommés et anéantis. À ce moment, les limites du premier Furio et les débordements du deuxième deviennent clairs et on est finalement mis en contact avec la racine du mystère malade qui enveloppe cet homme.

Ce n’est pas seulement le thème du double que traite Giampaolo Simi dans ce roman, mais surtout celui de la faiblesse humaine, des liens familiaux capables, tout à coup, de bouleverser les perspectives de vie pour les enfermer dans des cages étouffantes. Furio, proche d’un personnage de roman policier, représente la figure de l’homme respectable habitant la porte à côté et qui tout d’un coup, de manière inattendue, commet une faute incroyable. L’actualité de ce roman, probablement encore plus vive aujourd’hui que pendant les années durant lesquelles il a été écrit, réside, selon moi, dans cette atmosphère vague et instable, faite d’une splendeur apparente, mais qui cache un malaise tellement profond qu’il est presque impossible de l’intercepter et de le déraciner.

Giampaolo Simi est un narrateur extraordinaire, sa langue est tranchante et sa capacité de maintenir le suspense est vraiment incroyable, de sorte que ça vaut la peine de souffrir cette sorte de désagrément qu’on ne peut s’empêcher de ressentir en étant spectateur des actions de Furio, homme de notre temps, lesquelles aboutiront peu à peu à l’anéantissement d’une famille entière.

SIMI Giampaolo, La notte alle mie spalle, Edizioni e/o Roma, 2012, 253 pages

SIMI Giampaolo, La nuit derrière moi, Le Livre de Poche, traduction de Sophie Royère, 2016, 352 pages

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