Inséparables, d’Alessandro Piperno

Par Laura Paoletti

Inséparables(Inseparabili – il fuoco amico dei ricordi) raconte l’histoire de deux frères, de leurs compagnes respectives, et de leur mère. Les ambitions, mais aussi les névroses, les défauts, les faiblesses… Filippo et Samuel sont le miroir l’un de l’autre, un miroir qui reflète souvent une image opposée, pas seulement asymétrique. Jusqu’au jour où ils arrivent à échanger leur rôle, presque leur personnalité. Le pivot autour duquel tout tourne, c’est Rachel, leur mère, le symbole vivant de la famille. Une mère présente, qui essayera de les sauver, dans un mouvement protecteur exagéré.

Mais Rachel protège aussi les traditions et les rituels familiaux, tout ce par quoi ces trois-là arrivent effectivement à se définir et sans quoi, peut-être, ils n’arriveraient plus à se reconnaître.

Et puis il y a le secret qui les hante depuis toujours. Un secret qui porte en même temps le poids d’un grand chagrin et de la honte la plus imprononçable.

Les deux frères y sont-ils pour quelque chose, même si à l’époque du grand scandale ils étaient encore adolescents ? Jusqu’à quel point leurs parents sont-ils coupables ou innocents ?

C’est ce que le narrateur, qui ne se fait connaître qu’à la fin, essaye de retracer et de découvrir tout au long de ce roman.

Dans Inséparables, le présent chargé des souvenirs et des manques du passé pourrait rendre l’air ambiant asphyxiant, mais là est justement la force d’Alessandro Piperno.

Sa voix se met complètement au service de l’histoire, il n’y ajoute rien de plus que ce qui est nécessaire. Peut-être aussi que, grâce à la présence du narrateur, Piperno parvient à disparaître, à se mettre de côté.

Piperno dépeint les personnages et leurs relations avec une excellente maîtrise de la langue et de la narration, parvenant à la justesse et l’équilibre qu’on a envie de trouver dans certains grands romans.

Surtout quand ces derniers nous racontent une saga familiale. Car Inséparables est le deuxième volet d’un diptyque. Le premier, Persécution, retrace en effet l’histoire de la famille vingt ans avant : leur père, le scandale dans lequel ils se sont tout à coup retrouvés, l’atroce silence de leur mère.

Avec Inséparables, Piperno vient donc mettre fin à cette peine et donner une solution libératrice.

Piperno est considéré comme l’un des plus grands auteurs italiens vivants. Écrivain désormais reconnu par le public et la critique littéraire, il enseigne la littérature française à l’université où il dispense un cours sur Proust, à qui il a dédié l’essai Proust antijuif.

Son premier roman, (Avec les pires intentions) (Con le peggiori intenzioni), qui retrace l’histoire d’une grande famille bourgeoise juive, a reçu le Prix Campiello. Persécution a gagné en France le Prix du Meilleur Roman étranger et Inséparables, le Prix Strega en 2012.

 

PIPERNO, Alessandro, Inséparables, traduction de l’italien par Fanchita Gonzalez Batlle, Liana Levi, 2012, 400 p.

PIPERNO, Alessandro, Inseparabili – il fuoco amico dei ricordi, Mondadori, 2012, 351 p.

2 Comments on Inséparables, d’Alessandro Piperno

  1. Carlo Maria Vadim // 6 décembre 2018 à 9:09 // Réponse

    Curioso: ogni volta mi viene voglia di leggere i romanzi recensiti da questo sito! Grazie. Curieux: chaque fois que je veux lire les romans commentés par ce site! Merci.

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