La vérité du petit juge, de Mimmo Gangemi

Par Laura Paoletti

Lire un polar, c’est lire un genre littéraire sur lequel, au fil des années, se sont accumulés les préjugés, les clichés, les idées reçues. Car comme l’a très bien exprimé Jean-Paul Vormus, président du Festival Toulouse Polars du Sud – festival auquel nous avons dédié un dossier – : « si vous croyez encore que le polar est une littérature de série B, vous n’avez jamais lu un vrai polar. »

Mais alors, qu’est-ce qu’« un vrai polar » ? La vérité du petit juge, celui de Mimmo Gangemi que je m’apprêtais à lire en était-il un ?

Animée par cette idée, je me suis laissée emporter par la lecture, tout en me posant un tas de questions : « est-ce que, par exemple, cela “se fait” dans

verità

les polars, de commencer en racontant le meurtre ? ». Parce que cette entrée en matière je l’ai trouvée plutôt bien rythmée. Ou encore : « est-ce normal que l’enquêteur soit un magistrat ? », et non un commissaire ou un détective, comme nous y avons été habitués ? Car ce fait m’a paru intéressant.  Et, au final, y a-t-il un schéma permettant de dire : « c’est à cela qu’on reconnaît un vrai polar .

Car, à partir de cette définition, si elle existait, je pourrais alors m’aventurer à vous raconter, non pas l’intrigue – jamais je n’oserais ! –, mais certaines

petites particularités de Gangemi.

Par exemple, son écriture parfois sarcastique, le ton du narrateur qui décrit bien une certaine indifférence aux crimes et aux atrocités auxquels le juge Lenzi est désormais habitué.

Pour ne pas nous abandonner à la seule résignation de ce personnage – chaque jour est bon, en Calabre, pour se massacrer ou se faire massacrer (t.d.r.) – Gangemi, dans ce livre dédié aux aventures du magistrat, lui a attribué un stagiaire ; qui lui est encore capable, avec une certaine naïveté, mais aussi de l’intelligence, d’être choqué, de se questionner. Une espèce d’alter ego de Lenzi, qui nous renvoie à ce fond d’humanité et de malaise typique d’une vie en Calabre, une terre tourmentée par les guerres intestines de l’ndrangueta, la mafia de la région.

L’écriture de Gangemi parle de ce quotidien, elle est rapide, brève. Parfois, de curieuses parenthèses spécifient qui parle, dans les dialogues à plusieurs personnages. Ce style m’a rappelé les didascalies du théâtre. Un choix qui rappelle le « théâtre » opposant depuis des siècles criminels et magistrats, sur ces terres du Sud.

Gangemi a dédié la trilogie du juge Lenzi à ce thème : Il giudice meschino, 2009 ; Il patto del giudice, 2013 ; La verità del giudice meschino, 2015 (tous édités par Garzanti). La trilogie a été adaptée pour la télévision, en une mini série.

Un petit aperçu de l’intrigue ?

Un meurtre atroce, plusieurs pistes, plusieurs hypothèses : la vengeance de la ‘ndrangueta ? Une histoire de femmes ? Un maniaque ? Un justicier ? Puis un deuxième meurtre atroce, et enfin une piste, une lecture possible qui vient d’un professeur : la façon dont les victimes sont tuées ressemble étrangement au martyr des damnés dans L’Enfer de Dante.

Pour connaître la suite, retrouvez les livres dans la collection Cadre Noir au Seuil, pour vous faire vous aussi votre avis sur la valeur de ce « vrai » polar.

Bibliographie en français :

GANGEMI, Mimmo, La revanche du petit juge, traduit de l’italien par Christophe Mileschi, éditions Points, 2016, 408 pages.

GANGEMI, Mimmo, Le pacte du petit juge, traduit de l’italien par Christophe Mileschi, éditions Points, 2016, 408 pages.

GANGEMI, Mimmo, La vérité du petit juge, traduit de l’italien par Christophe Mileschi, éditions du Seuil, 2017, 288 pages.

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