Les années à rebours, de Nadia Terranova

Par Cinzia Dezi

Nous sommes dans les années 70 du XXe siècle, une période turbulente et difficile de l’histoire européenne, connue comme « les années de plomb », ayant vu la montée du terrorisme d’origine communiste et néofasciste par le biais de la lutte armée… une période à laquelle on a encore du mal à se confronter. Nadia Terranova, écrivaine née à Messine en 1978, le fait dans son roman Les années à rebours, pour lequel elle a reçu en Italie plusieurs prix parmi lesquels le prix Bagutta Opera Prima, le prix Brancati, le prix Fiesole et le prix Grotte de la Gurfa.

C’est l’histoire de deux jeunes étudiants de philosophie, Aurora et Giovanni. Ils tombent amoureux pendant leurs années universitaires. Elle vient d’une famille aisée d’orientation politique fasciste, lui aussi vient d’une famille aisée, mais communiste. Pourtant ils ne sont pas des Roméo et Juliette contemporains, car les familles, unies par la commune condition bourgeoise, s’accordent bientôt sur leur mariage quand Aurora découvre qu’elle est enceinte. Les noces coupent dans son élan Giovanni et son idée de devenir un « héros » de la gauche extra-parlementaire, en participant à la lutte armée. Il aurait voulu rejoindre les camarades des Brigades rouges, il aurait voulu aller en prison pour se sentir ennobli et accompli, et passer ainsi à la postérité en ayant contribué à faire l’histoire. À cause de la désillusion qui suit ce que Giovanni ressent comme la fin des idéaux de sa jeunesse, il se réfugie dans la drogue, ne parvenant pas à accepter cette espèce de repliement sur soi-même que représente le mariage, qu’il voit comme une façon de se couper de la société et de ses transformations. Aurora se retrouve toute seule à assumer la responsabilité de leur enfant. Ainsi repose désormais sur ses épaules la difficulté de faire avancer sa carrière à l’université, le quotidien dans lequel elle lutte chaque jour sans pouvoir compter sur son mari, guérillero manqué, obnubilé par la drogue. La situation se complique, car la famille d’Aurora est frappée par une tragédie : sa sœur Rosa meurt accidentellement pendant une promenade en montagne. La fin de Rosa devient la métaphore d’une précarité existentielle, de toutes leurs vies sur le point de s’écrouler. Pour le dire avec les mots de l’autrice :

« Aurora marchait entre deux vides et celui de la mort était moins effrayant que l’autre, qu’elle ne savait pas nommer [1]. »

Avec ce roman, Nadia Terranova ne nous laisse pas tranquilles. Son style perce l’âme des lecteurs et les contraint à s’interroger sur un passé qui ne l’est pas encore complètement.

Bibliographie partielle :

Éditions italiennes :

Édition française :

[1] La traduction est la mienne.

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