Gianni Rodari, maître de fantaisie

Par Francesca Vinciguerra

« À l’école, on ne rigole pas assez », tranchait avec un sourire Gianni Rodari, l’écrivain de littérature jeunesse le plus célèbre d’Italie. Depuis les années 50, plusieurs générations d’Italiens ont grandi en tournant les pages de ses livres, cachés sous une cabane de couvertures, ou bordés dans leurs petits lits. Cette année, on aurait fêté son centième anniversaire, mais il semble n’avoir jamais disparu des tables de chevet des parents et de leurs enfants.

Gianni Rodari naît en 1920 à Omegna, petit village sur le lac d’Orta, où son père est boulanger. À Gavirate, où il déménage avec sa mère à l’âge de neuf ans, il fréquente d’abord une école catholique et ensuite une école de formation d’enseignants périscolaires, mais passe surtout son temps à jouer du violon avec des amis et à explorer les charmes des littératures russe et allemande.

Le métier d’enseignant, qu’il commence à exercer à la sortie de l’école, n’est pas sa véritable passion : son temps libre est consacré à la lecture, à la musique et à l’écriture. C’est à cette époque qu’il commence à rédiger le Cahier de Fantastica, « comme je l’avais pompeusement désigné » dira-t-il par la suite, un journal où il prend note des techniques de création littéraire pour donner vie aux mots et aux images. Ces débuts maladroits auront une grande importance par la suite, dans son métier d’écrivain pour enfants.

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Déjà aux débuts de sa profession, il se retrouve confronté à la grande Histoire : la famille pour laquelle il devient précepteur et qui s’installe dans la région montagneuse de la Lombardie fuit l’Allemagne nazie à cause de son origine juive, et sera obligée de reprendre la route en 1938, à cause des lois raciales fascistes. Gianni Rodari ne participe pas au conflit mondial à cause de sa santé fragile, mais la perte de deux de ses meilleurs amis dans la bataille est une marque qui restera à jamais gravée dans son esprit. Il s’engage néanmoins dans les rangs de la Résistance et, à la fin de la guerre, se tourne vers le journalisme et le Parti communiste, en écrivant pour L’Unità, le quotidien fondé par l’intellectuel antifasciste Antonio Gramsci.

Son métier de maître d’école le rattrape vite : dans la rédaction, il est le seul à avoir des rudiments de pédagogie, et il est chargé de l’écriture de « La domenica dei piccoli », une rubrique dominicale consacrée au divertissement, mais aussi à une information adaptée au jeune public.

Ce n’est qu’en 1957 qu’il rejoint officiellement l’ordre des journalistes, mais les années passées dans les rédactions, d’abord à L’Unità et après à L’Avanguardia, en passant par la gestion de ses propres hebdomadaires comme Il Pioniere, lui servent de véritable atelier d’écriture à côté de son travail en classe, qu’il continue d’exercer. À cette époque, ses deux professions parallèles se rejoignent dans celle qui deviendra sa véritable vocation : la littérature jeunesse. Son œuvre a d’ailleurs été reconnue par le prix Hans Christian Handersen, un des plus prestigieux du milieu, qui lui fut attribuée en 1970. À ce jour, il reste le seul écrivain italien à avoir obtenu cette reconnaissance.

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Toutes ses œuvres sont encore aujourd’hui lues et relues par les enfants de tout âge. Rappelons certains de ses livres les plus célèbres, comme La Flèche d’Azur, La Planète aux Arbres de Noël, Les Affaires de Monsieur Chat, Les Hommes en sucre, Il était deux fois le Baron Lambert, Histoires à la courte paille ou encore Histoires au Téléphone.

Bien qu’il n’ait jamais écrit de véritables œuvres théoriques sur la pédagogie à travers les histoires, nous devons néanmoins citer la Grammaire de l’imagination, un traité tiré d’une série de conférences publiée en 1973 et une véritable suite au fameux Cahier de Fantastica de ses débuts littéraires. Il ne s’agit pas d’un manuel d’enseignement ou d’un essai sur les techniques d’écriture, mais plutôt d’une réflexion sur la valeur de la fantaisie et de l’imagination dans l’apprentissage : « Il y a toujours un enfant qui pose la question : comment fait-on pour inventer des histoires ? Il mérite une réponse honnête », dit-il dans l’introduction. Dans les chapitres, s’enchaînent des exemples de techniques pour inventer des histoires pour les enfants, mais aussi de jeux pour amener les enfants à créer leurs propres histoires de toute pièce.

Il ne s’agit pas d’un manuel d’enseignement et encore moins d’un essai sur les techniques d’écriture, mais plutôt d’un héritage précieux pour apprendre à « se mettre au service » de l’imagination des enfants. Comme le dit si bien Gianni Rodari,

« Nous pouvons regarder le monde à hauteur d’homme, mais aussi depuis un nuage (avec un aéronef c’est plus facile). Ainsi, nous pouvons faire notre entrée dans la réalité par la porte principale ou nous y faufiler – et c’est bien plus drôle – par un petit hublot. »

Faufilons-nous dans les pages de ses livres, alors. Reconstruisons les cachettes de notre enfance et mettons-nous à l’abri du monde, pour le regarder depuis le hublot de ses histoires.

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