Giannino furioso ou le journal d’un fripon, de Vamba

Par Serena Terranova

Traduit de l’italien par Anna Mistrorigo

Il était une fois Giannino Stoppani, mieux connu sous le nom de Gian Burrasca (en Italie) ou de Giannino furioso (en France). Notre protagoniste fête ses neuf ans le 20 septembre 1905, et ce même jour, il reçoit un petit cahier de sa mère, un cadeau qui deviendra le journal intime dans lequel il décrira ses birbonate (à savoir ses frasques, ses canailleries, en italien ancien) et aussi l’ami à qui il confessera parfois son bonheur, parfois ses larmes, de peur ou de tristesse.

Vamba (Luigi Bertelli), l’auteur, déclare dans l’apostille être entré en possession du manuscrit qu’il diffuse tel quel ; un geste pour lequel nous, lecteurs, le remercions beaucoup.

Coquin parmi les coquins, Gian Burrasca (littéralement Jean Tempête) n’aime pas son surnom : le petit a le sentiment d’être un gentil garçon et déclare agir pour le bien des autres, en particulier pour celui de ses parents et de ses trois sœurs aînées. Mais il y a quelque chose de plus grand que lui, qui lui échappe, qui conduit ses actions vers un résultat inattendu : il souhaite faire goûter la saveur de la liberté au canari encagé, mais le chat le dévore en une bouchée ; il souhaite célébrer le mariage de sa sœur avec deux feux d’artifice, mais il fait sauter la cheminée ; il souhaite être sincère et promouvoir la vérité à tout prix, mais il réduit de moitié le parterre des prétendantes de sa sœur, il éloigne sa tante Bettina de la famille, et il met fin à la carrière de son beau-frère socialiste, en répandant la nouvelle de son mariage à l’église.

Les femmes de la maison, à savoir sa mère et ses sœurs Ada, Luisa et Virginia, lui montrent une affection fluctuante, qui passe de la gronderie causée par ses méfaits, aux embrassades lorsqu’il est puni par son père, une sorte de juge sans robe, qui statue sur le sort de Giannino à la fin de chaque journée. Les femmes lui font parvenir un gâteau pendant les quarantaines dans sa chambre, ou elles le réconfortent, lui faisant promettre qu’il sera sage dans le futur.

Et Giannino essaie toujours, avec une ténacité digne des corsaires de Salgari qu’il aime tant et qu’il mentionne souvent dans ses pages : il affronte l’école comme une mission dont la réussite pourra apporter la paix dans sa famille, il se défend contre les attaques du Professeur Muscolo, uniquement en cas d’injustice, il joue à la poupée avec sa petite cousine Maria jusqu’à l’épuisement, c’est-à-dire jusqu’à ce qu’il décide de mettre en scène le conte du Petit Poucet et l’abandonne dans les bois près de la maison, déguisée en garçon, avec ses boucles dorées convenablement rasées pour l’aider à s’identifier au personnage.

Hilarant, ingénieux, imprudent et toujours porté par de grandes idées pour réaliser ses initiatives, Gian Burrasca trébuche sans cesse sur les conséquences de ses actions, et il se demande – et demande à son journal  – pourquoi tout va toujours al rovescio (« à l’envers/au revers »).

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Mais, il y a un moment où la chaîne des mésaventures de Gian Burrasca s’effondre désastreusement. Après un accident de voiture avec son camarade Cecchino Bellucci, qui prétendait savoir conduire la voiture de famille, Gian Burrasca se retrouve avec un bras cassé et la menace d’être envoyé en pensionnat. Sa sœur Luisa, mariée au docteur Collalto, fait en sorte que Giannino se rende chez elle pour se faire soigner le bras. Le père y consent, jusqu’à ce que son fils se rétablisse, puis avec un coup de pied au cul – suite à l’incident du canari – ; la menace du pensionnat réapparaît et c’est à ce moment que sa sœur Virginia intervient. Elle accueille son frère chez elle et l’avocat Maralli, et ici aussi la chaîne des mésaventures s’étend, à cause de la complicité de Giannino avec l’oncle Venanzio. Après qu’il a arraché la dernière dent de ce dernier avec une ligne de pêche, le destin de Giannino est scellé, sans salut possible.

Au pensionnat, le roman de Vamba change de rythme, comme si dans cette partie, l’écriture ainsi que la force évocatrice de Giannino avaient une nouvelle maturité, une évolution plus audacieuse.

Ne reste que trois adultes autour de lui : le directeur Stanislao et sa femme Geltrude, et le cuisinier lâche qui sert aux garçons une soupe de riz pendant cinq jours consécutifs, ainsi qu’une fausse soupe le vendredi soir, qui n’est que le mélange des plats de la semaine précédente. C’est précisément cette découverte, faite par Gian Burrasca lui-même, qui lui vaut un rôle clé dans la société secrète Uno per tutti e tutti per uno (« Un pour tous et tous pour un ») fondée par des camarades plus âgés. Avec eux et avec un camarade de son âge, Gian Burrasca reconsidère son nom et se transforme en véritable révolutionnaire : il aide un ami à s’échapper du pensionnat, il fait disparaître le postiche du directeur, il laisse un œil au beurre noir à Mme Geltrude, il fait tomber la cuisinière et il rentre chez lui la queue entre les jambes, mais quittant son uniforme et retrouvant sa liberté.

Tous ceux qui l’ont connu voudraient avoir quelque chose en commun avec Gian Burrasca.

Il est né au début du XXe siècle dans une campagne florentine où les différences entre les classes sociales étaient beaucoup plus flagrantes qu’aujourd’hui. Giannino a pris plein de trains pour s’enfuir de chez lui, voyageant au milieu du charbon juste pour arriver là où il s’était promis d’aller ; il a mené des combats de groupe, il a affronté ses pairs et les adultes sans jamais baisser la tête ; il a écrit un journal qui est devenu un livre ; c’était un coquin exemplaire, fidèle à lui-même et à ses principes pirates d’aventure et de découverte ; il fit tout ce que son père lui disait de faire et parvint toujours à ménager un espace à son imagination et son inventivité.

Gian Burrasca n’a peut-être rien en commun avec nous, mais nous tous désirons qu’il se sorte de tous ses ennuis plus fort qu’auparavant, conscients que cela continuera à se produire chaque fois que son journal sera retrouvé, passant d’un lecteur à l’autre en Italie, en France et partout où ses aventures le mèneront.

Bibliographie en italien :

VAMBA, Il giornalino di Gian Burrasca, Giunti, 2018, (première édition 1912), 308 pages.

Bibliographie en français :

VAMBA, Giannino Furioso ou Le Journal d’un fripon, traduit de l’italien par Nicolas Cazelles, Phébus, 2001, 352 pages.

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