En attendant la vague de Gianrico Carofiglio

Par Ombretta Brondino

En attendant la vague, Carofiglio, La Bibliothèque italienneEn 2011, Gianrico Carofiglio écrit Il silenzio dell’onda (En attendant la vague), une histoire passionnante qui se déroule dans une Rome pleine de mystère, qui se placera en position de finaliste pour le Prix Strega en 2012.

Je me souviens d’avoir lu ce roman en quelques jours, d’une seule traite. L’intrigue est simple, mais tellement bien développée que les personnages, parfaitement caractérisés, ne se sont pas effacés de ma mémoire pendant toutes ces années.

Dans ce roman, il y a Roberto Marìas, un « maréchal des carabiniers » en congé pour des raisons de santé pas très bien spécifiées, qui rythme son existence plate avec des séances, deux fois par semaine, chez son psychanalyste. Dans son bureau, l’effort constant de Roberto consiste à se souvenir d’un passé peu clair et dangereux, et de se réconcilier avec lui. Peu à peu son travail donne ses premiers fruits et les épisodes les plus lourds de la vie du protagoniste commencent à se révéler à lui, ainsi qu’au lecteur. La douleur ressentie par rapport à ce passé trouble et dur à rationaliser est le point commun entre Roberto et Emma, une autre patiente qu’il rencontre à chaque séance près de la porte d’entrée du psychanalyste, et qui sera amenée, on le comprend tout de suite, à établir un lien émotionnel très fort avec Roberto. Emma (son prénom nous rappelle inévitablement la célèbre Emma Bovary), ancienne actrice, est aussi la mère d’un autre protagoniste central du livre, Giacomo, un jeune enfant de onze ans cherchant à dépasser, à travers ses rêves, la mort de son père. Pour ce faire, Carofiglio fait intervenir un chien parlant, Scott, qui apparaît sans cesse dans la vie onirique du petit garçon en incarnant la voix paternelle le guidant dans les épreuves de la croissance.

Il silenzio dell'onda, Carofiglio - La Bibliothèque italienneLe pouvoir presque magique du subconscient et le désir de se délivrer du poids du passé constituent le fil rouge qui relie les mains de ces trois êtres et de leurs vies qui paraissent submergées, à un moment, par une vague énorme. Et justement, l’image de couverture représentant une vague océanique à son point culminant reflète ce qui m’a toujours touchée dans cette histoire.

Les vagues de la Californie et les planches de surf font partie intégrante de la vie passée du protagoniste et, dans certains passages du livre, Carofiglio est capable de rendre compte, à travers la force de sa plume, de cette sensation presque violente des flots de souvenirs qui inondent les trois personnages. Le bruit et le tumulte d’une vague océanique pourraient être quelque chose d’effrayant et terrifiant, mais au contraire, cette dernière avance presque silencieuse et discrète dans ces vies, jusqu’à les surprendre.

C’est alors qu’une nouvelle prise de conscience se manifeste chez le lecteur : une vague a beau être impossible à dominer ou contrôler, elle ne nous noiera pas forcément. On peut surnager dans l’eau, « perdre le sens de sa position. On ne sait plus où est le bas et où est le haut », dit Roberto à un moment à son psychanalyste, et ensuite, pour en sortir, la seule voie est d’« attendre qu’elle s’arrête ».

Tout, dans ces pages, semble s’écouler. Les deux adultes, Roberto et Emma, auront besoin l’un de l’autre pour désactiver les dynamiques autodestructrices dans leurs vies et ils le feront en se laissant aller, peu à peu, aux souvenirs, aux intuitions et aux sentiments. Giacomo et sa fracture ne guériront véritablement que lorsqu’il quittera le fantôme de son père pour s’ouvrir à l’amour de Ginevra, une copine de classe dont il tombera amoureux, et quand il acceptera l’aide de Roberto à un moment particulier de sa vie.

Laisser couler, comme l’eau le fait, devient la nouvelle manière de vivre pour chacun, ainsi qu’une invitation à s’engager dans un destin différent, moins lourd.

Je vous invite à lire ce roman et à faire confiance au pouvoir des mots utilisés magistralement par Carofiglio, comme toujours.

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