Fantômes romains, de Luigi Malerba

Par Gessica Franco Carlevero

Le dernier roman de Luigi Malerba, Fantôme romains, qui a paru en Italie en 2006, mais est resté absent des catalogues français pendant plus de vingt ans, vient d’être publié par les éditions de Grenelle.

Luigi Malerba est un auteur de premier ordre dans le panorama littéraire italien et ses œuvres sont aujourd’hui traduites en 20 langues. Il connut un grand succès en France après le prix Médicis étranger reçu en 1970 pour le roman Le Saut de la mort.

Néo avant-gardiste, cofondateur du « Gruppo 63 » – le mouvement littéraire qui se rattachait aux expériences françaises des revues Tel Quel et du « Nouveau Roman » – Luigi Malerba a aussi écrit pour le cinéma et la presse.

Intellectuel raffiné et anticonformiste, dans Fantômes romains Malerba joue avec les codes du roman classique en analysant l’histoire d’un mariage bourgeois et la frontière entre l’amour et l’égoïsme.

Comme dans un miroir, les « monologues extérieurs » de Giano et Clarissa se croisent pour nous révéler la nature du couple.

Le leur est un mariage fondé sur le mensonge.

« Nous évitions de fouiller dans les secrets et les clous que chacun de nous garde précieusement en lui et qui, s’ils remontaient à la surface, pourraient provoquer une catastrophe. Le mensonge est notre salut. Simple manutention du mariage. »

Jour après jour, Giano et Clarissa délivrent leurs craintes, soupçons et désirs. On assiste à la vie d’un couple qui se trahit, se protège, s’aime et se détruit.  

« Il s’agit d’exercices de mauvaise foi, une représentation de notre petit théâtre conjugal, au fond, un exercice d’amour… Elle sait que la vérité n’est pas dans son intérêt, ce serait le début de la rupture, disons carrément le début de la catastrophe, ce qu’aucun de nous deux ne souhaite. Nous sommes amoureux tous les deux et, comme le dit Clarissa, la maintenance de notre mariage est un impératif catégorique. »

Et pourtant les souvenirs contribuent à construire le présent qui se complexifie et se fait moins gai.

Ainsi, pendant que les époux se réfugient de plus en plus dans leurs soupçons et leurs secrets, Malerba démasque la rhétorique du roman conjugal bourgeois.

En introduisant des passages métalittéraires, Malerba conduit une réflexion sur les artifices littéraires, le rapport entre fiction et vérité, entre vie et poésie.

L’écriture se révèle alors comme une fusion de faux et de vrai, l’espace de l’incertitude, comme la vie de deux protagonistes, perdus dans un labyrinthe de jeux de rôle pirandelliens.

Bibliographie en français

MALERBA, Luigi, Fantômes romains, Gremese éditions , 2021, 246 pages

La traduction de Fantômes romains est le fruit d’une collaboration avec le Laboratoire de Traduction « Passages » de l’Université de la Sorbonne, dirigée par la Professeure Silvana Cirillo, maître de conférences à l’Université La Sapienza de Rome.

Bibliographie en italien

MALERBA, Luigi, Fantasmi romani, Mondadori, 2020, 252 pages

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