Le Train des enfants, de Viola Ardone

Par Serena Terranova

Traduction de Martina Petrucci

Dans son roman Le Train des enfants, Viola Ardone nous donne à voir un Sud de l’Italie orageux qui reste en arrière-plan pendant que le Nord brille, comme un mirage.

On est juste après la guerre, au cours de l’année 1946, quand le petit Amerigo Speranza, qui avance aussi chargé de sentiments qu’un émigré transatlantique, se sépare de sa mère et d’une vie empreinte de difficultés et de sacrifices.  

La séparation est un fait historique : Amerigo fait partie de la liste de passagers de l’un des trains qui, de Naples, a fait une escale à Bologne, pour ensuite emmener chacune de ces petites âmes dans différentes familles de la Plaine, qui à l’époque s’étaient montrées disponibles pour accueillir tous ceux qui se trouvaient dans des situations précaires.

Les enfants ! Les enfants avant tout !

Cela semble être le moteur qui met en mouvement les personnages du livre de Viola Ardone : tout homme et toute femme de cette histoire veille à la croissance d’un enfant inconnu, en espérant en sauver un, dans le but peut-être d’en sauver cent.

Le sentiment d’être parmi les derniers d’un lieu abandonné envahit Amerigo tout au long du voyage, jusqu’à son arrivée à la gare, où il voit ses camarades partir l’un après l’autre avec un nouveau père, portant une moustache et un chapeau, une mère avec un paquet de bonbons, d’autres personnages plus ou moins élégants, qui donnent la main aux enfants assis sur les bancs en bois pour les mener hors de la gare. Amerigo se sent comme un fruit sur l’étal du marché : ils choisissent les enfants les plus beaux, les petites filles avec des tresses, le petit garçon portant une chemise propre. Lui, en revanche, choisi le dernier, est le fruit abîmé de la boîte. C’est ce qu’il croira jusqu’à ce qu’il découvre que tous les enfants avaient des destinations déjà établies et que le fait d’être le dernier choisi était le résultat d’un retard banal : quelqu’un l’attendait depuis longtemps. Au Nord. Et au Sud ?

En plus de décrire l’organisation, la bienveillance et le mérite d’une corporation de la gauche des années quarante, le bon sens et la bonne âme de plusieurs familles nordiques, les résultats justes d’une éducation paritaire pour chaque extraction sociale, l’auteure raconte également le grand conflit causé par ce départ extraordinaire.

Parfois, pour qu’un enfant grandisse, il faut le laisser aller. Ainsi, la mère d’Amerigo se sépare de son fils avec une froideur qui n’est qu’apparente, un coup de courage que n’aurait pas laissé deviner la carapace des peurs maternelles et les insécurités dues à la pauvreté. Mais ce mur qui faisait partie de leur relation depuis toujours s’élèvera désormais plus haut que jamais, en déchirant définitivement leur minuscule noyau domestique.

Amerigo est transféré dans la province de Modène, où à l’école il devient un magicien des chiffres et à la maison un habile apprenti du violon. Il apprend, écoute et absorbe avec chaleur tout ce que ce nouveau monde lui donne. Amerigo change, se transforme. Lorsqu’il retourne à Naples, il n’est plus sûr d’être l’enfant parti quelques mois auparavant pour une expérience temporaire.

Un jour, la mère d’Amerigo vend le petit violon que son enfant avait apporté avec lui, comme s’il s’agissait d’un don, car elle est accablée par le désespoir de la faim et certainement mortifiée par la jalousie qu’elle ressent envers d’autres personnes – les fantômes de son imagination, figures inconnues qui l’observent de haut – qui ont pu et su s’occuper généreusement de son fils. Amerigo ne comprend pas, s’énerve, se désespère, s’enfuit. Avec l’habilité de celui qui a grandi dans la rue, il monte dans un train et réussit à retourner là-bas, chez cette famille qui l’aime, en abandonnant sa mère aux rues et aux pièces dans lesquelles il est né et a grandi tout seul.

Une exploration du topos de la famille, à travers des directions opposées, des interrogations, des effets de miroir entre celui qui quitte et celui qui est quitté, celui qui grandit et celui qui reste le même, celui qui vit la fatigue avec mérite et celui qui la subit.

Bibliographie en français

ARDONE, Viola, Le Train des enfants, traduction de l’italien par Laura Brignon, Albin Michel, 2021, 304 p.

Bibliographie en italien

ARDONE, Viola, Il treno dei bambini, Einaudi editore, 2019, 200 p.

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