Introduction à la 10ème édition du Festival Toulouse Polars du Sud

Par Francesca Vinciguerra

Samedi 13 octobre 2018, le métro de la ligne A de Toulouse en direction Basso Cambo est rempli de lecteurs de polars. On les reconnaît aisément, debout contre les strapontins ou dansant une espèce de lap dance de la lecture en équilibre autour des poteaux en métal au milieu de la rame, les yeux plongés dans un livre à la couverture noire et rouge. Des petits regards complices, et on descend tous ensemble vers la librairie de la Renaissance, dans cette partie moins connue de la ville qui chaque année héberge le Festival Toulouse Polars du Sud.

La foule dans le chapiteau est ahurissante : j’étais persuadée que le début d’après-midi m’aurait permis d’avoir un peu d’intimité pour discuter avec les auteurs, et me voilà contredite par la présence de plusieurs centaines de passionnés de roman policier. La déception est rapidement dépassée par le plaisir de voir autant de lecteurs de tout âge et de devoir presque se bousculer pour atteindre les livres et les auteurs, paisiblement assis derrière les tables prises d’assaut. L’excitation est palpable et contagieuse. Pour faire le tour de la salle, on est contraints de suivre le mouvement collectif. Mais cela me donne l’opportunité d’explorer les livres présentés et d’échanger quelques mots avec des écrivains venus du monde entier. Voilà l’écrivain grec Pétros Màrkaris, une longue pipe entre les lèvres, les yeux malins et intenses encadrés par un nuage de cheveux blancs. Pierre Lemaitre, l’invité d’honneur de cette édition, s’est volatilisé comme l’un des personnages de ses romans, mais son éditeur rassure le public – qui ne cesse de le chercher des yeux parmi la foule bruyante – sur son retour imminent. La queue subit un ralentissement soudain devant les auteurs de BD, qui dessinent leurs dédicaces sur les achats des lecteurs. J’atteins enfin la table des auteurs italiens, où Valerio Varesi et Mimmo Gangemi échangent avec leurs lecteurs. Je me détache non sans mal du mouvement collectif et je les rejoins, pressée de faire leur connaissance. Le prochain défi sera de localiser Jean-Paul Vormus, président du Festival. Partie pour passer deux heures au Festival Toulouse Polars du Sud, je ne rentrerai chez moi qu’à la nuit tombée, prise dans le tourbillon vivant de cet évènement qui a atteint sa dixième édition avec un succès évident.

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Né de l’idée d’un petit groupe d’amateurs de romans policiers, le Festival Toulouse Polars du Sud est devenu un vrai moment d’enthousiasme collectif autour de ce genre romanesque représenté dans toute sa variété. Pour son dixième anniversaire, l’équipe a vu les choses en grand : autour du traditionnel rendez-vous du deuxième week-end d’octobre, le polar a envahi la ville rose durant les deux semaines précédentes, en explorant ses déclinaisons sur le grand-écran (Nuit du court-métrage noir et policier) et sur la scène théâtrale (Les apéros polars et Nature morte dans un fossé de Fausto Paravidino).

Les auteurs italiens invités ont offert à leur public la diversité de la péninsule, du mystère brumeux et mélancolique de la plaine padane de Valerio Varesi au crime ensoleillé et vindicatif de la Calabre de Mimmo Gangemi. Samedi après-midi, accompagnés de Pétros Màrkaris, les deux auteurs ont tracé les contours de l’identité de l’enquêteur méditerranéen, si différent du scandinave qui a pris le dessus dans le genre depuis quelque temps, mais aussi éloigné du personnage britannique plus classique.

À mon avis, le plus grand mérite du Festival Toulouse Polars du Sud est de souligner la valeur littéraire et sociale du policier, trop souvent déclassé comme genre de série B. Carlo Emilio Gadda, dans L’affreuse embrouille de Via Merulana, décrivait le motif qui pousse au crime avec ces mots : « Les catastrophes inopinées ne sont jamais la conséquence ou l’effet, si l’on préfère, d’un motif unique, d’une cause au singulier : mais elles sont comme un tourbillon, un point de dépression cyclonique dans la conscience du monde, vers lequel ont conspiré toute une multitude de mobiles convergents. Il (le docteur Ingravallo) disait aussi nœud, enchevêtrement, grabuge, ou gnommero, embrouille, qui en dialecte veut dire pelote. »

Le grabuge autour duquel tourne tout policier digne de ce nom raconte aussi notre histoire et celle de notre société. Pour reprendre les mots de Jean-Paul Vormus, président du Festival Toulouse Polars du Sud, si vous croyez encore que le polar est une littérature de série B, vous n’avez jamais lu un vrai polar.

Dans le volet consacré au Festival Toulouse Polars du Sud, vous trouverez :

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